Le phrasé
Ici, vous allez apprendre à découper une mélodie en dessins, en membres de phrase et en phrases, puis à la jouer en respectant sa ponctuation.
Nous entrons dans la cinquième partie. Les quatre premières vous ont donné tous les signes de la notation et les règles qui les gouvernent, pour la hauteur des sons, qu'on appelle aussi l'intonation, comme pour leur durée. Ces signes suffisent pour lire la musique. Mais ils ne suffisent pas pour la faire vivre : une exécution exacte mais neutre reste terne et froide. C'est à l'interprète de l'animer et de la colorer, en épousant la pensée du compositeur.
Danhauser range cette expression en quatre éléments, et nous consacrerons une leçon à chacun : le phrasé, l'accentuation, les nuances et le caractère. Commençons par le phrasé.
Qu'est-ce que le phrasé ?
Le phrasé, c'est l'observation exacte de la ponctuation musicale. Une œuvre se découpe comme un discours : elle a ses phrases, ses propositions, ses respirations. Phraser, c'est rendre ce découpage audible.
Les unités de la phrase musicale
Une phrase musicale se construit avec trois unités, de la plus petite à la plus grande.
- Le dessin mélodique est une petite idée mélodique, qui dure souvent une ou deux mesures. C'est la plus petite unité qui ait un sens.
- Le membre de phrase réunit un ou plusieurs dessins mélodiques. Il a un sens partiel, comme une proposition suivie d'une virgule.
- La phrase, que Danhauser appelle aussi période, réunit plusieurs membres de phrase qui forment ensemble un tout complet, un sens terminé, comme une phrase qui se clôt par un point.
| Musique | Langage | Ponctuation équivalente |
|---|---|---|
| Dessin mélodique | Mot, groupe de mots | aucune, ou une légère inflexion |
| Membre de phrase | Proposition | virgule, point-virgule, deux-points |
| Phrase (période) | Phrase complète | point |
Un exemple à écouter
Écoutez maintenant le thème de l'« Hymne à la joie » de Beethoven, tiré du finale de sa 9e symphonie. Il forme une phrase de huit mesures, en deux membres de quatre mesures, et chaque membre est fait de deux dessins de deux mesures.
Vous l'avez entendu : les deux membres commencent de la même façon, et seule la fin change. La première fois, la mélodie reste en suspens, sur le 2e degré, avec une harmonie de dominante. La seconde fois, elle conclut sur la tonique. C'est exactement l'effet d'une virgule, puis d'un point.
Comment repérer la ponctuation
Souvent, les phrases et même les membres de phrase sont séparés par de courts silences, et on les reconnaît alors facilement. Mais quand aucun silence ne les sépare, il faut analyser avec attention, car aucun signe musical n'indique à lui seul le commencement ou la fin d'une phrase.
L'indice le plus sûr est la cadence, c'est-à-dire l'enchaînement d'accords qui termine un membre ou une phrase. Danhauser le signale en note : on reconnaît facilement la ponctuation par les cadences, mais il faut pour cela des notions d'harmonie, utiles non seulement au compositeur mais aussi à l'exécutant.
Bien phraser
Bien phraser, bien ponctuer un morceau, c'est faire sentir avec art le commencement, le développement et la fin des phrases et des membres de phrase. Concrètement, on prend l'élan au début, on conduit la ligne vers son point culminant, on détend la fin au lieu de la couper net, et l'on respire entre les membres.
Danhauser en fait la première des qualités de l'expression : un bon phrasé jette de la clarté sur toutes les parties d'une composition ; or, pour intéresser et émouvoir, il faut être compris, et pour être compris, il faut être clair.
Voici « Au clair de la lune ». Repérez les membres de phrase, et dites pour chacun sur quelle note il s'arrête et quelle ponctuation lui correspond.
Dans le thème de l'« Hymne à la joie » que vous avez écouté plus haut, combien y a-t-il de dessins mélodiques ? Où respireriez-vous ?
Vous savez maintenant découper et ponctuer une phrase. Dans la leçon suivante, nous verrons comment donner du relief à certaines notes à l'intérieur de cette phrase : c'est l'accentuation.